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Après la canicule… faut-il aussi préparer son DUERP aux vagues de froid ?

Spoiler : le changement climatique n’a pas supprimé l’hiver.

Après les épisodes de chaleur intense, les plans canicule, les bouteilles d’eau, les ventilateurs et les mises à jour du DUERP liées aux fortes chaleurs, on pourrait être tenté de penser que la question climatique en entreprise se résume désormais à une seule consigne :

« Préparez-vous à avoir chaud. »

Pas tout à fait.

Le changement climatique entraîne bien une augmentation des températures moyennes et rend les vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Mais cela ne signifie absolument pas qu’il ne fera plus froid.

Météo-France le rappelle : la France s’est réchauffée d’environ 1,9 °C depuis 1900, mais des vagues de froid peuvent toujours survenir, même si elles deviennent moins fréquentes. Une vague de froid correspond à un épisode durable, intense et géographiquement étendu, d’au moins trois jours.

Autrement dit : le thermomètre monte en moyenne, mais il n’a pas signé de CDI à 25 °C.

Et pour les entreprises, cela pose une vraie question de prévention.


Le froid, ce risque professionnel un peu oublié

Lorsqu’on parle de risques climatiques au travail, la chaleur occupe désormais beaucoup d’espace — à juste titre.

Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail prévoit d’ailleurs des dispositions spécifiques concernant la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense. Le froid est beaucoup moins médiatisé.

Pourtant, l’INRS estime qu’environ 100 000 personnes travaillent dans des ambiances froides inférieures à 10 °C, notamment dans l’industrie alimentaire. À cela s’ajoutent évidemment tous les salariés travaillant ponctuellement ou régulièrement à l’extérieur : BTP, agriculture, maintenance, logistique, transport, collecte, livraison, espaces verts…

Et le froid ne concerne pas uniquement celui qui passe huit heures dans une chambre frigorifique.

Il peut également toucher :

  • les salariés travaillant dehors ;
  • les personnes effectuant des déplacements professionnels ;
  • les salariés intervenant tôt le matin ou tard le soir ;
  • les collaborateurs travaillant dans des locaux insuffisamment chauffés ;
  • les personnes exposées au vent, à l'humidité, à la neige ou au verglas ;
  • les salariés effectuant des manutentions ou utilisant des équipements à l'extérieur.

Sans oublier le grand classique : « Le chauffage est tombé en panne, mais normalement le technicien passe jeudi. » Nous sommes lundi !


À partir de quelle température faut-il s'inquiéter ?

C'est là que les choses deviennent intéressantes.

Contrairement à une idée assez répandue, le Code du travail ne fixe pas de température minimale générale en dessous de laquelle il serait automatiquement interdit de travailler.

L'INRS précise également qu'il n'existe pas de seuil universel permettant de définir une température dangereusement froide : le risque dépend notamment de la température, du vent, de l'humidité, de la durée d'exposition, de l'activité physique et des caractéristiques individuelles.

En revanche, l'INRS considère que la vigilance s'impose dès que la température ambiante est inférieure à 5 °C. Car 4 °C dans un entrepôt pendant dix minutes et 4 °C dehors pendant quatre heures avec du vent et de la pluie… ce n'est pas exactement la même expérience sensorielle.

Le ressenti thermique peut devenir beaucoup plus sévère lorsque le vent ou l'humidité s'en mêlent.


Le froid n'est pas seulement inconfortable

On pourrait résumer le risque froid par : « Mes salariés vont avoir froid aux mains. »

Ce serait nettement sous-estimer le sujet.

L'exposition au froid peut entraîner des conséquences directes : refroidissement des extrémités, engourdissement, perte de dextérité, gelures ou hypothermie dans les situations les plus sévères.

Mais elle peut également augmenter indirectement le risque d'accident. Des doigts engourdis manipulent moins précisément un outil. Un sol gelé augmente le risque de chute. Des vêtements épais peuvent réduire la mobilité.

Le froid peut modifier les capacités physiques et la vigilance.

Bref, le problème n'est pas seulement : « J'ai froid. »

Il peut devenir : « J'ai froid, je sens moins mes doigts et je suis justement en train d'utiliser une machine. »

L'INRS souligne précisément que l'exposition directe au froid présente des risques pour la santé mais favorise également la survenue d'accidents du travail.


Et les conséquences sanitaires ne sont pas anecdotiques

À l'échelle de la population générale, les chiffres permettent de remettre le sujet en perspective.

Une étude de Santé publique France portant sur 18 zones urbaines françaises entre 2000 et 2010 estime que 46 256 décès étaient attribuables au froid, soit environ 3,9 % de la mortalité observée dans ces zones sur la période étudiée.

Attention à ne pas interpréter ce chiffre comme le bilan des seules « vagues de grand froid ». C'est justement l'un des enseignements intéressants de l'étude : l'impact sanitaire du froid ne se limite pas aux épisodes spectaculaires.

Santé publique France observe un effet du froid à partir de températures relativement modérées, avec des conséquences pouvant persister jusqu'à 21 jours après l'exposition. Les températures basses sont notamment associées à une augmentation des pathologies cardiovasculaires et respiratoires.

C'est donc un risque beaucoup moins spectaculaire que la canicule. Mais discret ne signifie pas inoffensif.


« Mais avec le réchauffement climatique, les vagues de froid vont disparaître, non ? »

Pas immédiatement.

Les recherches récentes de Météo-France indiquent que les vagues de froid les plus extrêmes devraient progressivement devenir moins probables au cours du XXIe siècle sous l'effet du réchauffement climatique.

Mais cela ne signifie pas zéro épisode froid.

Météo-France indique explicitement que les vagues de froid continuent à survenir, même si leur fréquence diminue.

Plus surprenant encore, Santé publique France estime que, malgré le réchauffement climatique, il ne faut pas s'attendre à ce que l'impact sanitaire du froid disparaisse en France et considère que les mesures de prévention restent nécessaires.

La bonne logique n'est donc pas : Canicule OU froid.

Mais : Canicule ET froid.

Et plus largement : adaptation de l'entreprise aux événements climatiques.


Le DUERP doit donc regarder les deux côtés du thermomètre

C'est probablement le point le plus important pour l'employeur.

L'obligation générale de prévention prévue par l'article L.4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.

Pour le froid, l'INRS rappelle que les conditions de température doivent être prises en compte dans l'évaluation des risques professionnels et donner lieu à des mesures de prévention adaptées.

Pour les salariés travaillant à l'extérieur, l'organisation du travail doit permettre, dans la mesure du possible, leur protection contre les conditions atmosphériques.

Et dans les locaux fermés, les locaux affectés au travail doivent être chauffés pendant la saison froide de façon à maintenir une température convenable.

Le sujet mérite donc clairement sa place dans le DUERP.

Mais plutôt que de créer une petite ligne : « Froid → fournir des vêtements chauds » … autant réaliser une véritable analyse.


7 questions à poser avant l'hiver

1. Qui peut réellement être exposé ?

  • Ne regardez pas seulement les métiers travaillant officiellement « dehors ».
  • Identifiez les salariés exposés ponctuellement : déplacements, chargements, livraisons, interventions techniques, ouverture et fermeture des locaux, travail dans des zones non chauffées…

2. Dans quelles conditions ?

  • Température, durée d'exposition, vent, humidité, horaires, altitude, activité physique…
  • Le thermomètre n'est qu'une partie de l'équation.

3. Les équipements sont-ils adaptés ?

  • Vêtements thermiques, chaussures antidérapantes, gants permettant de conserver suffisamment de dextérité, vêtements imperméables…
  • Un gant tellement épais qu'il empêche de travailler correctement n'est pas forcément un excellent équipement de prévention. Même s'il est très joli.

4. Peut-on réduire la durée d'exposition ?

  • Lorsque cela est possible : rotations, pauses dans un espace chauffé, réorganisation des horaires ou alternance des tâches.
  • La meilleure doudoune du monde ne remplace pas toujours une organisation intelligente du travail.

5. Les déplacements sont-ils intégrés au risque ?

  • Neige et verglas peuvent transformer un simple déplacement professionnel en exercice de patinage artistique non prévu dans la fiche de poste.
  • Il faut donc réfléchir aux règles applicables aux déplacements : report d'un rendez-vous, télétravail lorsque cela est possible, limitation des trajets ou consignes spécifiques.

6. Que se passe-t-il si le chauffage tombe en panne ?

Question rarement posée dans le DUERP. Et pourtant très concrète.

  • Existe-t-il une solution temporaire ? Peut-on déplacer les salariés ? Télétravailler ? Interrompre certaines activités ? Qui prend la décision ?

La prévention commence souvent par ce genre de scénario très banal.

7. Les managers savent-ils quoi faire ?

Comme pour la canicule, une procédure qui dort dans un dossier partagé intitulé : « DUERP_FINAL_V7_definitif_2026 » ... n'est pas exactement un dispositif opérationnel.

Les managers doivent connaître les signes d'alerte, les personnes à contacter et les mesures qu'ils peuvent prendre rapidement.


Du « risque température » au « risque climatique »

C'est peut-être finalement le véritable changement à opérer.

Pendant longtemps, les DUERP ont été construits à partir d'une photographie relativement stable de l'entreprise :

  • un métier,
  • un poste,
  • un environnement,
  • des risques.

Le changement climatique oblige progressivement les entreprises à ajouter une autre dimension : la variabilité.

Un même salarié peut désormais être confronté :

  • à 38 °C en juillet,
  • à des pluies intenses en octobre,
  • à du verglas en janvier,
  • à une tempête quelques semaines plus tard.

L'enjeu n'est donc plus seulement d'inscrire « chaleur » ou « froid » dans une matrice.

Il est de se demander : notre organisation est-elle capable de s'adapter rapidement lorsque les conditions environnementales changent ?

C'est une question de prévention. Mais également de continuité d'activité, d'organisation du travail et de résilience.


Votre DUERP est-il prêt pour l'hiver ?

Après l'été, voici quelques vérifications simples à réaliser :

  • Le risque froid est-il identifié pour les unités de travail concernées ?
  • Les salariés travaillant ponctuellement à l'extérieur ont-ils été intégrés à l'analyse ?
  • Le vent, l'humidité, le verglas et les déplacements sont-ils pris en compte ?
  • Les équipements nécessaires sont-ils disponibles et adaptés ?
  • Des possibilités de pause ou de récupération au chaud existent-elles ?
  • Une procédure existe-t-elle en cas de panne de chauffage ?
  • Les managers savent-ils adapter l'activité en cas d'épisode exceptionnel ?Les salariés connaissent-ils les consignes ?
  • Les événements climatiques susceptibles de perturber l'activité ont-ils été intégrés à l'organisation ?
  • Le DUERP est-il actualisé lorsque les conditions ou l'organisation évoluent ?

Finalement, le changement climatique ne simplifie pas le DUERP

Il aurait presque été plus confortable de pouvoir écrire : « Il fait plus chaud, donc on supprime la ligne froid et on ajoute une fontaine à eau. »

Malheureusement, la prévention fonctionne rarement comme ça.

Le changement climatique augmente fortement le risque lié à la chaleur, tandis que des épisodes froids restent possibles.

Pour les entreprises, le véritable enjeu devient donc moins de prévoir la météo exacte de l'hiver prochain que de construire une organisation capable de s'adapter.

Car un bon DUERP n'est pas celui qui avait prévu qu'il ferait -7 °C mardi 12 janvier à 7h42. C'est celui qui avait prévu quoi faire si cela arrive. Et ça change tout.

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